Marine

De Névez à New-York

0

Les travaux de construction du paquebot Normandie débutent en 1931 dans les chantiers de Penhoët à Saint-Nazaire. Le projet porte alors le nom de T6. Les chantiers se dotent d’une cale sèche, la forme Joubert, de taille suffisante pour accueillir l’énorme coque. La Compagnie Générale Transatlantique, malgré les graves difficultés financières dues à la crise de 1929, maintient la commande. Le navire est lancé le 29 octobre 1932. La construction est cependant loin d’être terminée. Le paquebot désormais à flot doit recevoir ses équipements et aménagements. Le voyage inaugural initialement prévu pour 1934, est repoussé à fin mai 1935. Les machines ont été installées durant l’été suivant, et les cheminées et mâts ont été placés l’été 1934.

Le 5 mai 1935, le Normandie appareille pour effectuer ses premiers essais sur la base de vitesse de Groix-Glénan. C’est en 1911 que la Marine Nationale a défini cette zone, au large des côtes de Névez, pour les essais de vitesse de ses navires de guerre. Plusieurs amers ont été sélectionnés ou construits. Fort-Cigogne aux Glénan, Kerigant et Saint-Nicolas à Groix…

Le rôle des amers de l’Ile Verte et de la plage de Raguénès reste à établir. Lors ces essais qui se déroulent jusqu’au 11 mai, le Normandie a montré sa capacité à atteindre de grandes vitesses : la vitesse de 32 nœuds est dépassée. Après les essais, le paquebot partira directement pour Le Havre sans repasser à Saint-Nazaire comme c’était prévu.

Amer de Stang Dour (Raguénez)

Le Normandie s’amarre au quai du port du Havre le 11 mai au soir. Le mercredi 29 mai 1935, vers 18 h 30, le Normandie appareille devant une foule immense. À bord, on dénombre un peu plus de 1 000 passagers, en tête desquels se trouvent Marguerite Lebrun, épouse du Président et marraine du navire, ainsi que de nombreux hôtes de marque, dont les écrivains Colette et Blaise Cendrars (1) mandatés comme journalistes, respectivement  par Le Journal et par Paris-Soir.

Colette ne semble pas avoir été passionnée par son sujet: elle écrit à une amie: « Tu as compris que c’était terrible de faire un reportage sur “rien”. Il y a eu le départ, il y a eu l’arrivée. Entre les deux. Ah ! si j’avais pu inventer un naufrage. Mais je n’étais pas seule ».

Quant à Blaise Cendrars, il est fasciné par les machines et les hommes du bord: « Dans les entrailles de Normandie, dans tous ces compartiments-oubliettes, dans ces chambres-caissons reliées entre elles par des brassées de câbles qui percent plafond, plancher et cloison de fer, on ne rencontre âme qui vive. Parfois, au détour du passage pareil à un sentier qui se faufile entre tant d’appareils difformes et souvent renflés, on aperçoit, couché sous le coude d’un gros tuyau ou accroupi sous le ventre d’un ventilateur, un mécano en veste bleue, une burette ou une clé anglaise à la main. Cet homme est tellement absorbé par sa besogne qu’il ne vous voit pas passer et n’entend rien si vous l’interpellez »

Amer de l’Ile Verte

Avec une vitesse moyenne de 29,94 nœuds et une traversée effectuée en 4 jours, 3 heures et 2 minutes, le Normandie bat de 10 heures le record précédent. Il devient le premier paquebot français à remporter le Ruban bleu. A New-York, le paquebot s’amarre au quai 88, qui a été agrandi pour lui permettre d’accoster.

Le Normandie traversera 30 fois l’Atlantique en 1936. En 1938 ce sera la 100ème traversée. En 1939, l’approche de la guerre fait craindre des attaques ou des sabotages.  Le 23 août, le Normandie entame son dernier voyage vers New-York. Après la déclaration de guerre du 3 septembre, il est désarmé le 6 septembre.

Le paquebot Normandie lors de son voyage inaugural

Les Etats-Unis le réquisitionneront en 1941 pour le transformer. Au cours des travaux d’aménagement, un incendie se déclare en février 1942 ; les déluges d’eau utilisés pour combattre le sinistre provoqueront son chavirage. Le navire sera renfloué en septembre 1943, puis vendu à la Navy. La France refusera de récupérer l’épave, qui sera démolie en 1947. En 1961, un autre paquebot croisera pour des essais au large de Névez : le France. Peut-être des Névéziens en conservent-ils une image ?


                              

admin

Vous pourriez aussi aimer

Commentaires

Les commentaires sont fermés