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De Versailles à Nevez

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En cet été 1747, Louis – Jean – Marie de Bourbon, duc de Penthièvre, s’en va présider, pour la première fois l’assemblée des Etats de Bretagne à Rennes. Il est vrai que ce discret personnage est encore bien jeune : 22 ans. Mais il est déjà gouverneur et lieutenant général de Bretagne depuis 1736 et comblé de titres.

Etat de Bretagne  - 1764

Etats de Bretagne de 1764, Salle des Jacobins à Nantes.

C’est que ce n’est pas vraiment un gueux ! Petit-fils de Louis XIV et de Madame de Montespan, fils unique de Louis-Alexandre de Bourbon, prince légitimé, comte de Toulouse, et de la duchesse Marie-Victoire de Noailles, Louis est nommé amiral de France en 1734, il a 9 ans !

Les Etats de Bretagne, c’est l’occasion de banquets et de fêtes, et aussi de quelques spectacles de pendaisons. Rien qui puisse intéresser notre Louis, qui se plaît avant tout à distribuer son immense fortune aux plus nécessiteux, en parcourant la campagne.

Mais c’est aussi un homme de devoir qui met à profit son déplacement en Bretagne pour assurer la défense et la tranquillité de la province où les Anglais viennent de tenter une descente. 

Au cours de ce voyage en Bretagne, il fut salué comme un bienfaiteur ; il y associa sa femme qui le rejoignit.  A Nantes, elle le quitta – elle arrivait au terme de sa seconde grossesse – pour rejoindre leur résidence de Rambouillet. Le Duc, lui, poursuivit sa tournée vers le Nord, parcourant les régions côtières de Bretagne.

Le Duc de Penthièvre ne se contenta pas de visiter les villes et les bourgs, puisqu’on le trouva à Névez, le 26 juillet 1747, honorant de son illustre présence le mariage non pas d’un comte de Cornouaille, mais celui de Guillaume Jaffrezic, 21 ans, de Célan et de Catherine Quentel, 19 ans, de Kerscaff. Fidèle à sa conduite généreuse, le Duc offrit aux mariés un cadeau royal – pardon, ducal – qu’on en juge par l’annotation portée en marge du registre des mariages par le recteur de Névez, Jean-Baptiste Robin : “Son altesse Sérénissime Monseigneur le duc de Penthièvre fut présent à cette noce et donna dix louis de 24 livres aux nouveaux mariés. Robin Recteur.”

Louis d’or « aux lunettes »

Il pourrait s’agir de Louis d’or au buste habillé dit « aux lunettes » émis en 1726 pour 20 livres et circulant pour 24 livres. Son surnom vient des deux écussons du verso, France et Navarre, qui font penser à des lunettes. 10 louis représentent donc 240 livres, somme conséquente pour de jeunes paysans névéziens : le prix de un à deux bœufs !

Extrait du registre des mariages de Névez

Pour le duc, ce n’était qu’une poussière de son immense fortune : on évalue que le duc était l’homme – ou l’un des hommes – les plus riches d’Europe ; les quatre pages de notre « Lettre » ne suffiraient pas à dresser la liste de ses biens immobiliers.

Le Duc, accablé de la perte de sa femme adorée, et de ses six enfants, termina sa vie retiré pieusement dans un de ses châteaux. Les largesses du Duc de Penthièvre et la reconnaissance populaire de son intégrité lui firent traverser la période révolutionnaire en bénéficiant de protections. Il mourut en 1793, non des conséquences de la Terreur, mais de sa belle mort.

Guillaume et Catherine s’établirent, comme cultivateurs, à Célan où ils demeurèrent jusqu’à leur décès en 1793. Ils eurent 5 enfants : Yves en 1752, Catherine en 1757, Guillaume en 1762, Jean en 1764 et Marie-Corentine en 1769. Au travers des registres et des recensements, on peut suivre les descendants du fils Guillaume jusqu’en 1931 ; ils ont résidé sans interruption à Kerdruc ; en 1931, il s’agit d’une fratrie Morvézen: Marie née en 1897, et Jean-Marie, né en 1900, chacun étant marié et cultivateur.

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